Permaculture : Agroécologie et Intelligence Collective

Mis à jour : mars 5

La Permaculture se base sur trois principes éthiques : PRENDRE SOIN DE LA TERRE, PRENDRE SOIN DE L’HUMAIN et PARTAGER ÉQUITABLEMENT.

Ces trois principes supposent de trouver des stratégies d'application qui peuvent être mis en lumière via l'Agroécologie et l'Intelligence Collective.



Agroécologie

Le principe le plus connu de tous est le plus traité dans les ouvrages est celui de PRENDRE SOIN DE LA TERRE. Il est à la base même de l’idée émise par David Holmgren et Bill Mollison, les deux fondateurs du concepts et du terme de Permaculture, bien que déjà bien traité mais sous un autre prisme par Masanobu Fukuoka. Leur constat était pour ces trois hommes (connus car restés dans la littérature), que le système de production alimentaire et l’agriculture conventionnelle des années 70 ne faisaient aucun sens et étaient destructeurs de la biodiversité. Aussi, l’idée était de remettre le monde du vivant et des quatre éléments au coeur de la réflexion, des stratégies culturales, des actions et donc de l’éthique lorsque nous tentons de nous nourrir.

J’aime l’idée que les pratiques culturales et l’approche humaniste de l’agroécologie rendent compte justement de ce 1er principe éthique de la permaculture. Et chose incroyable, de nombreux artisans de notre agriculture, à travers le globe, connaissent déjà très bien ces techniques culturales.



Intelligence Collective

Le deuxième principe éthique est celui de PRENDRE SOIN DE L’HUMAIN. Ce principe qui parle à tous est souvent peu approfondi. Et j’avoue moi-même avoir un regard limité dessus. J’en parle souvent en association avec le troisième principe éthique. Je dirai justement qu’il est fondamental. Il a été séparé du premier principe sans doute pour y mettre l’accent car n’oublions pas, nous faisons nous même partie de la TERRE et des vivants.

Mon interprétation de ce principe est celui de prendre soin des groupes d’humains et de soi-même. J’observe beaucoup de collectif dont les membres naviguent entre prendre soin du groupe et prendre soin de soi. C’est sans doute un des défi de notre humanité si sociale. Pour faire simple, un projet dans lequel par exemple, une personne ‘’traite mal’’ ses employés, ne peut être permacole ; tout comme un projet où nous prenons peu soin de nous-mêmes et nos besoins ne peut être un projet permacole. Il est donc nécessaire de chercher la bonne mesure. Histoire de toute une vie !

Je ne m’aventurerai pas plus loin. Je souhaite cependant préciser, qu’à mes yeux, ce principe demande justement un travail de développement personnel d’une manière ou d’une autre.


Le troisième principe éthique est de PARTAGER ÉQUITABLEMENT. Ce principe est également peu abordé et peu approfondi. Il est à mes yeux le levier de la Permaculture urbaine. L’imaginaire fait souvent apparaître l’idée qu’il faut partager les récoltes. Certes, mais ce principe nous pousse à aller beaucoup plus loin.

Tout d’abord, il y a une grande différence entre le mot équitable et le mot égalité. Pour moi le brio et la beauté de ce principe repose sur le choix de ce mot équitable. Une image vaut parfois plus que des mots, alors voici la différence en dessin.




Cette équité est fondamentale. Elle repose sur les besoins et non sur les stratégies. Dans le cas de l’image ci-dessus, l’égalité propose d’offrir la même stratégie à tous, c’est à dire le même objet, ou dans le cas de récoltes de légumes par exemple, la même quantité pour chacun.

L’équité quant à elle, propose de baser la stratégie en fonction des besoins. Dans l’image ci-dessus, chaque personne souhaite (a le besoin), de voir au-delà du mur, afin d’atteindre cet objectif et répondre aux besoins de tous, des stratégies diverses sont mises en place, c’est à dire certains ont des objets différents des autres, et même certain n’en ont pas. Dans le cas de récolte de légumes, la quantité pour chacun est réparti en fonction des besoins de chacun. Les quantités ne devraient supposément pas être les mêmes, sauf cas particulier où les besoins sont identiques. L’égalité devient donc un cas particulier de l’équité qui est beaucoup plus large, fine et imaginative. Elle demande une belle communication et de la créativité pour trouver des stratégies diversifiées (tout comme le fait la nature d’ailleurs).


Que partage-t-on finalement?

Tout : les intelligences, les idées, les prises de décisions, les rôles, la vision, la gouvernance, la gestion des ressources, les récoltes, les difficultés, les célébrations, etc., et n'oublions pas, j'insiste, de façon équitable et non égale. Et cela change tout. Il n'est pas proposé que tous doivent tout faire : non.



Cette perspective peut sembler éventuellement effrayante. En effet, elle suppose de faire des choses dont nous n’avons pas l’élan ou dans lesquelles nous nous sentons mal à l’aise ou autre émotion tout aussi effrayante. Mais n’oublions pas que ce principe n’est pas isolé, et le fait de devoir PRENDRE SOIN DE L’HUMAIN et donc de soi, permet de créer des points de vigilance très intéressants qui permettent de prendre en considération ces émotions éventuellement effrayantes.


J’aime l’idée que les deux derniers principes associés, soit PRENDRE SOIN DE L’HUMAIN et PARTAGER ÉQUITABLEMENT sont une proposition de mobilisation de l’Intelligence Collective. Et là encore une fois, bonheur, de nombreux ouvrages, groupes, etc, à travers le monde, connaissent bien cette thématique.




Des principes éthiques comme boussole


Ces trois principes éthiques guident, telle une boussole, les projets portant la bannière de la permaculture. Il n'existe aucunement une façon unique d’acter chacun de ces principes. Aucun manuel ne peut dicter la manière dont chaque principe sera mis en application sur le terrain. Chacun d’entre eux tente de proposer des outils concrets pour explorer une voie vers ces principes. Ce sont des exemples. Uniquement des exemples. Je souhaite insister sur ce point : la permaculture n’est pas un dogme présentant des recettes. Il appartient à chacun-e et à chaque groupe de s’interroger, de s’inspirer des écosystèmes vivants (humains compris) autour de lui et de créer un parcours qui lui est propre. Les principes d’attitudes et de conceptions de la permaculture, nous invitent à la création justement. Cela ne suppose pas de tout réinventer à chaque fois, non. Il suppose d’observer ce qui est, ce qui a été fait ailleurs, de s’en inspirer et de créer le juste agencement des outils et éventuellement créer certains outils qui permettront d’inscrire le projet permacole vers une forme d’harmonie. Ce juste agencement définira sa singularité propre. Il me semble contradictoire de présumer la possibilité de créer un modèle-type duplicable en permaculture.


Pour réflexion personnelle, je me demande le sens de nommer les trois principes éthiques dans cet ordre. Peut-être devrions-nous les changer de sens parfois pour les observer et les appréhender différemment ?

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Christelle Fournier Permaculture

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