Utiliser des solutions lentes à petite échelle

Ce principe de conception en permaculture, me semble intéressant à rappeler en ces temps de pandémies !

La permaculture invite à 12 principes de conceptions et/ou d'attitudes qui sont interdépendant. Aussi, j'ai isolé en conscience ce principe afin d'y apposer une réflexion. Toute fois, il mérite une lecture transversale avec les 11 autres.


Je voudrais tout d'abord rappeler que la notion de ''lent et petit'' est relatif. Ici, je souhaite inviter tout un chacun-e à se poser la question afin de créer sa propre réponse efficiente !



Ce principe simple est si loin de nos réalités occidentales. Nous avons appris à regarder le monde en grand, à le posséder. Nous souhaitons, avec de belles intentions et toute notre bienveillance, rêver de projets bien plus grands que notre collectif peut le porter. Nous rêvons souvent secrètement de transmettre ce rêve-modèle afin qu'il puisse devenir un modèle-type pour notre collectif, notre entourage, les générations futures ou pour d'autres sur d'autres territoires. À mon sens, ce rêve de grandeur est une manifestation du besoin de reconnaissance dans ce monde surpeuplé et individualisé où nos idées ont toujours été pensées par une autre personne ailleurs sur la planète et souvent mises en pratique dans un coin du monde. Cette fascination, me semble-t-il, est nourri par notre culture hollywoodienne, où les histoires nous comptent le récit d'un héros charismatique qui résout des problèmes bien plus grands que lui, souvent à l'échelle planétaire si ce n'est à l'échelle de l'univers. J'ai pu observer que nos institutions répondent également à ce besoin de grandeur. Cela est évident lors de demandes de subvention ou de prêt financier (banques ou autres) : il faut vendre des résultats hors du commun en s'appuyant sur un modèle d'affaire souvent surréaliste et utiliser le vocabulaire à la mode du moment. C'est l'art de l'éloquence et de vendre du rêve.


La permaculture propose de rêver dans le réel. Le rêve peut être grand, mais la culture des petits pas concrets est de mise pour sa stratégie d'application. Pourquoi? Plusieurs raisons expliquent ce principe.



Tout d'abord, la permaculture propose cette idée d'essai-erreur dans le réel. Tout projet permacole qui n'existe pas dans le réel vaut moins que celui qui est à l'essai quelque soit sa taille. Aussi, lorsque nous construisons un projet que ce soit un potager, une ferme, une école ou autre, commencer petit et lentement permet de se mettre en marche dans le court terme et de bonifier le tout dans le moyen et long terme via l'observation de la rétroaction.

En outre, l'essai-erreur mène à des erreurs justement. Notre égo n'est pas très friand des erreurs qu'il perçoit comme des échecs. Pour vivre avec les erreurs, notre égo a souvent deux stratégies types qui sont, soit de se décourager et abandonner, soit de faire de la dissonance cognitive et de trouver les raisons de l'échec en dehors de soi. Comme vous l'aurez compris, en parallèle de travailler notre égo, le fait de suivre le principe 'petit et lentement' permet de gérer émotionnellement nos erreurs et d'apprendre pas à pas à les célébrer et les voir comme des cadeaux de savoirs favorisant la bonification du projet. Durant les formations que j'offre en permaculture orientée en agroécologie, j'aime rappeler aux participants que lorsque nous plantons et prenons soin d'un végétal, nous contribuons à quelques pourcentages infimes de sa réussite. Ce pourcentage est essentiel pour que ce végétal puisse vivre ici et maintenant. Mais c'est bien cet être vivant qui fait plus de 90% du travail. J'explique cela pour deux raisons. La première pour rappeler que le vivant est souverain par lui-même, nous contribuons, mais ce ne sont pas des objets que nous réussissons ou non à fabriquer. La seconde raison est de se souvenir que l'échec lors de la mort d'un plant justement, ne dépend pas que de nous si nous en avons pris soin, bien entendu.


De plus, avec un commencement à taille réduite, nous pourrons observer notre propre satisfaction et voir si ce rêve, une fois mis en application, même partiellement, correspond bien au chemin imaginé pour répondre à nos besoins. Parmi les observations que j'ai pu relever tout au long de mon parcours, j'ai constaté une tendance persistante à la surévaluation de nos capacités à supporter des contraintes physiques pour nous, citadins intellectuels de pays occidentaux. Pour exemple concret, il est bien plus facile de dire que nous allons planter 200 plants de tomates pour avoir une réserve de conserve cet hiver que de le faire. Le fait de le nommer prend environ 10 secondes et celui d'approuver en groupe peut prendre 20 minutes. Par contre, les faits de trouver le lieu, trouver les outils, se mettre d'accord avec les voisins, s'organiser en groupe pour se partager les tâches, sélectionner les variétés de tomates, faire les semis de tomates, les arroser tous les jours, en perdre une partie, ne pas se décourager, préparer le sol, les planter en plein sol, en prendre soin par différentes techniques et stratégies, garder espoir quand les écureuils viennent les gouter et les jeter, trouver des stratégies pour préserver les tomates sur le plants jusqu'à maturité, discuter régulièrement et diplomatiquement avec le voisin qui perçoit les plants de tomates comme moins jolis que le beau gazon, récolter les tomates régulièrement, les stocker convenablement, trouver le matériel pour les transformer, puis en faire une sauce tomate, tout cela prend environ six mois via des interventions relativement petites mais régulières et quasi-quotidiennes. Et puis, êtes-vous certain de vouloir manger autant de tomates? Pas grave me direz-vous, vous partagerez avec vos voisins, la permaculture valorise cela également. Mais êtes-vous certain que votre voisin en voudra? Le mangera-t-il vraiment ou préférera-t-il acheter ses sauces tomates toutes faites qui ont le gout de toujours? Les prendra-t-il seulement pour vous faire plaisir?


Pourquoi toutes ces questions? Tout simplement car nous sommes dans un moment charnière en terme de sécurité alimentaire et j'ai le gout d'encourager les efforts collectifs de productions locales tout en invitant chacun-e à s'appuyer sur son réel afin d'être efficient !


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Christelle Fournier Permaculture

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